Those artists who came to be known as hantologists were brimming with melancholy, and were interested in the way technology materialised memories – hence a fascination with television, vinyl, audio cassettes and the sounds produced by these dying technologies. This fixation on materialised memory led to what is perhaps the most important sonic feature of hauntology: the use of crackle, the noise produced by the surface of a vinyl record.

The crackles make us aware that we are listening to a dislocated time; they prevent us from indulging in the illusion of presence. The cracking reverses the normal order of listening in which, as X has said, we are used to the ‘re-‘ of ‘recording’ being repressed.

We are led not only to think that the sounds we hear have been recorded, but also to become aware of the broadcasting systems that allow them to be replayed. And behind much of sound hauntology is the difference between ‘analogue’ and ‘digital’: a great many hauntological pieces set out to rethink the physicality of the analogue medium in the age of the digital ether. Mark Fisher

/ – Ceux des artistes qui furent qualifiés d’hantologiques débordaient de mélancolie, et ils s’intéressaient à la façon qu’avait la technique de matérialiser les souvenirs — d’où une fascination pour la télévision, les vinyles, les cassettes audio et les sons produits par ces techniques en voie d’extinction. Cette fixation sur la mémoire matérialisée a conduit à ce qui est peut-être la principale caractéristique sonore de l’hantologie : l’utilisation du craquement, le bruit produit par la surface d’un vinyle.
Les craquements nous font prendre conscience que nous sommes en train d’écouter un temps disloqué ; ils nous empêchent de nous laisser aller à l’illusion de la présence. Les craquements renversent l’ordre normal de l’écoute dans laquelle, ainsi que l’a énoncé X, nous sommes habitués à ce que le « re-» du « recording » soit refoulé.
Nous sommes amenés non seulement à penser que les sons que nous entendons ont été enregistrés, mais aussi à prendre conscience des systèmes de diffusion qui permettent de les rejouer. Et derrière une grande partie de l’hantologie sonore, on trouve la différence entre « analogique » et « numérique » : un très grand nombre de morceaux hantologiques s’attachaient à repenser l’aspect physique du média analogique à l’ère de l’éther numérique. Mark Fisher

(…) Chacun son crew, chacun sa « tribu » comme on disait dans le Paris branché des années 1990, chacun son club, quitte à naviguer dans différents endroits la même nuit pour multiplier les ambiances. Aujourd’hui, les kids sont infiniment plus ouverts. Hip hop et house, rock et techno ou salsa et zouk, pourquoi pas. D’ailleurs, il n’y a plus de revival ou plutôt, il n’y a que des revivals, s’agglomérants les uns aux autres sans se contredire. On est revival 80’s mais aussi 90’s ou 70’s. Peu importe. Tu aimes la new wave, c’est bien. Tu as découvert la country, c’est cool. Tu ne jures que par le jazz, c’est bath, tu es italo disco ou house garage, tout va bien. Tout le monde peut potentiellement se spécialiser à l’infini. Et c’est venu vite, très vite.
Tenez, une petite anecdote. Quand au tout début des années 2000, en pleine explosion Strokes et jeans slips, une pépinière de gamins à peine majeurs se mirent au rock en créant des groupes en The. À la télévision française, j’avais vu l’animateur demander à l’un de ces groupes quelles étaient leurs influence et les freluquets de répondre : « les Sonics et tout le rock psyché de 1966 à 69 ». Mot pour mot. Le type dit ça et il n’a même pas 18 ans. En 1980 ou 1990, disposer de leur discographie intégrale aurait pris des mois à un fan des Sonics en France, et des années pour l’intégralité de l’arbre généalogique du rock psyché, sous genre pointu auquel appartient le groupe. « 1966 à 69 », toute une vie de collectionneur. Mais dès 2001, dès Napster – dont l’histoire retiendra à jamais le nom – tout était disponible illico presto. Ce groupe de baby rockers put donc vivre instantanément en autarcie avec leur rock psyché de « 1966 à 69 ». Tout une vie disponible en cinq minute : comment voulez-vous générer de la frustration et donc de l’envie de créer ? Il n’y a plus de temps. Ou plutôt… Il n’est pas encore temps…
On n’a pas fini de manger. il faudra digérer après. Puis tout repenser. En attendant, on redécouvre, on reprend l’histoire, on abolit même la frontière du baby boom et du rock’n’roll. Tabula rasa. Jeudi dernier, un jeudi de 2018, le musicien anglais Henry Wu se produisait au New Morning, temple du jazz parisien. Henry Wu est le digne représentant d’un jazz retrouvé, il ne jure que par Herbie Hancock des 70’s tout en baignant dans l’ambiance grime et bass des sons londoniens. La salle était blindée et le public avait vingt-deux ans de moyenne d’âge. Vingt-deux ans pour du jazz… Aujourd’hui, on vénère en un clic des gens comme Arthur Russell, Wally Badarou, Haruomi Osono ou Lucio Battisti. Un américain, un Franco-Béninois, un Japonais et un Italien. Tous extrêmement obscurs à leur époque, ou à peine connus hors de leurs frontières. Tous (re)découverts grâce à Internet et aux bébés de Napster. Pourquoi s’en plaindre ? On a encore tellement de belles choses à découvrir, tellement de disques déjà sortis, d’artistes oubliés voire (et surtout) de pays négligés à défricher. Manger, digérer, repenser. Ça prendra longtemps.(…).

Day of Future Past, 2002-2021, David Blot, 17 avril 2018-2021. / Le chant de la machine, de David Blot et Mathias Cousin, Éditions Allia, Paris, 2016, 2025.